Lucio FONTANA, Concetto Spaziale (Attese), 1960

1/ Fiche technique
2/ Biographie de Lucio Fontana
3/ Contexte historique de l’oeuvre
4/ Description littérale
5/ Analyse de l’oeuvre
6/ Bibliographie

fontana_1 Une oeuvre représentative du spatialisme.

1/ Fiche technique

Titre original : Concetto Spaziale, Concept spatiale
Date : 1960
Signature : Aucune
Technique : huile et peinture vinylique sur toile
Dimension : 167 x 127cm
Circonstance et lieu de production : Inconnu
Lieu de conservation : Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Numéro d’inventaire : inventaire AMUP1790
Emplacement dans l’institution : dans la collection permanente
Date d’acquisition : Don de mme Fontana en 1969
Exposition de l’oeuvre : ?
Bibliographie de l’oeuvre : ?

2/ Biographie de Lucio Fontana

Cet artiste italien est né en 1899 à Rosario di Santa Fé en Argentine. Son père, italien, était sculpteur de monuments commémoratifs et funéraires. Celui-ci l’initia à la sculpture et éleva son fils en Italie. En 1914, il s’inscrit à l’Académie de Brera à Milan.
En 1922, il retourne en Argentine où il travaille pour l’entreprise paternel puis ouvrit son propre atelier. Il exposa ses oeuvres d’inspiration futuriste (Nudo, 1926). En 1928, il revint à Milan pour étudier la céramique. Ses premières oeuvres datent de cette époque. Après des oeuvres figuratives proches du Novecento, il commença à faire en 1934 des sculptures abstraites. Il adhéra en 1935 au mouvement Abstraction – Création à Paris, puis rencontra Brancusi, Miro et Tzara en 1937. Il travailla ensuite comme professeur à l’Academia Altamira (fondée en 1946) jusqu’en 1947. De 1939 à 1946, en Argentine, il continua ses recherches avec ses élèves et ses amis. Elles aboutissent au Manifesto Blanco qu’il signa avec Bernardo Arias. Celui-ci pronait une synthèse de la couleur, des sons et de l’espace.
De retour à Milan en 1947, où il s’installa définitivement, il élabora le Manifeste du Spatialisme qui proposait une conquête de l’espace pur, et renoua avec l’Abstraction (Concept spatial / L’Homme atomique, 1949, Coll. Grosso, Milan). L’art devait dépasser la transcription des émotions, figurative ou abstraite pour s’ouvrir vers de nouveaux domaines.
Il réalise ses premiers Buchi (Béances), qui sont des papiers marouflés et des toiles trouées. En 1949, il réalisa sa première toile percée : une série de trous, de pointillés en spirale. Ce geste fut perçu comme un sacrilège.
En 1951, il conçoit des Ambiante Spaziale constitués de néon. Il fut le premier artiste à préconiser l’utilisation de la lumière noire grâce à l’art de la télévision. Pour pouvoir sortir de l’Univers clos de la peinture, il acceptait toutes les propositions qui lui étaient faites (par des stylistes, des coiffeurs, des décorateurs…). Il désirait seulement qu’on lui laisse le champ libre pour créer.
Il signe le Second Manifeste du Spatialisme avec Grippa, Dova et Viniello ebtre autres et adhéra au Grupo nucleare en 1952 pour une courte durée.

Fontana suivait les mouvements de la mode. Il fut tachisme, nuagiste, matérialiste et monochromiste. Il déclina tout le vocabulaire des fentes, des déchirures et des trous puis inaugura la série des Tagli (incisions) qui aboutira aux célèbres fentes sur toiles monochromes (Concette spaziale – Attese, 1958, Paris, MNAM).
Il exécute une série de sculptures intitulées Nature (Natura, 1959-60, coll. particulière), sphères en terre cuite fendues. En 1966, il participa à des scénographies et créa des costumes pour le ballet Don Quichotte où le décor rappelle les formes abstraites de Jan Arp. A la fin de sa carrière, il élabore des « milieux spatiaux lumineux » réalisés en lumière blanche (34ème biennale de Venise) ou en lumière noire (Documenta de Kassel).
Jusqu’à la fin, Fontana aide les jeunes, vieux, avant-garde et arrière-garde. il disait : « J’ai eu la joie de réussir. Une légère transformation du goût et la chance aurait souri à un autre. Je me dois de rétablir une certaine justice ».* Il mourut en 1968 à Varèse.

3/ Contexte historique de l’oeuvre

Fontana réalise des Buchi, les dernières « nature » et des huiles sur toile monochromes sur lesquelles il intervient par des trous et un dessin cursif incisé dans la matière, les Olii. Il exécute un milieu spatial, E saltazione di una forma, dans l’exposition Dalla natura all’arte au palazzo Grassi de Venise. Il collabore au projet de tribune présidentielle pour la Foire de Milan avec l’architecte Baldessari et réalise un plafond avec fentes et néon dans l’entrée du Condominio Milano construit à Rovereto par le même architecte.

Fontana participe à de nombreuses expositions en italie et en Europe, où il présente des oeuvres proches de celles des jeunes artistes qui se démarquent de la pratique informelle pour ébaucher les problématiques propres aux années 60 :
Antagonistes au Musée des Arts décoratifs,
Sculpture italienne contemporaine au musée Rodin à Paris.

Il a des expositions personnelles en Italie et aussi dans les galeries Schmel à Düsseldorf et Mac Roberts and Tunnard à Londres.

Situation politique

11 janvier 1960 : le Financial Times décerne à la lire italienne l’oscar de la devise stable pour l’année 1959.
30 janvier – 4 février 1960 : à Rome, le neuvième Congrès du Parti Communiste Italien confirme Togliatti dans ses fonctions de secrétaire du parti.
3 février 1960 : en Sicile, l’admiistration autonome de S. Milazzo connait une crise.
23 février 1960 : à Rome, le cabinet Segni démissionne après les attaques de la Confindustri (9 février), de Malagodi (19 février) et de la motion de censure du P.L.I. (21 février). Il est chargé de former un nouveau gouvernement réunissant les différents partis italiens (D.C., P.S.D.I. et P.R.I.) mais il est obligé de renoncer à la suite de fortes pressions des autorités ecclésiastiques.
8 avril 1960 : à Rome, le cabinet Tambroni est élu grâce aux suffrages des monarchistes et de l’extrême-droite. Les ministres Bo et Sullo démissionnent.
11 avril 1960 : la direction de la démocratie chrétienne décide de rouvrir la crise gouvernementale.
14 – 22 avril 1960 : Fanfani doit former un nouveau gouvernement qui sera de centre gauche.
23 avril 1960 : comme sa tentative échoue, le président de la république, Gronchi, décide de soumettre le cabinet Tambroni à l’approbation des chambres. Celui-ci obtient de nouveau la confiance grâce à ses soutiens.
30 juin 1960 : à Gênes, une manifestation est organisée suite à l’autorisation accordée au M.S.I. d’y tenir son congrès, Gênes ville Médaille d’or de la Résistance. La police intervient. Durant cette année, il y aura de nombreuses manifestations antifascistes (à Turin, Licata, Rome, Reggio Emilia) qui, parfois, se solderont par des morts dues aux affrontements avec la police.
19 juillet 1960 : le cabinet Tambroni chute. Fanfani forme alors un gouvernement démocrate chrétien qui reçoit les votes du P.R.I. et du P.S.D.I.

Situation artistique

4 janvier 1960 : la Galerie Azimut expose la nouvelle conception artistique avec Breter, Castellani, Klein, Mack, Mavignier et Manzoni. Manzoni y expose pour la première fois un « corps d’air ».
15 janvier 1960 : le groupe T, fondé en 1959, fait sa première exposition collective à la galerie Pater Mirioma 1.
16 janvier 1960 : Francesco Lo Savio organise sa première exposition qui présente des oeuvres Espace – lumière à la galerie Selecta à Rome.
18 mars 1960 : au Städtische Museum de Leverkusen, une exposition collective internationale est organisée par Kultermann avec Castellani, Fontana, Klein, Lo Savio, Manzoni, etc.. Elle s’intitule Monochrome Malerei.
16 avril 1960 : la Galerie Apollinaire à Milan expose le Nouveau Réalisme avec Klein, Arman, Dufrêne, Tinguely, Restany et César. Ces artistes publient leur manifeste dans lequel ils présentent un élément nouveau dans l’art qui est l’optique dans laquelle est présenté le ready-made, le fragment signalitique de la « seconde nature ». Ils considèrent le monde comme un tableau dont ils s’approprient des fragments dotés d’universelle signifiance. Avec ce mouvement, un autre cycle commence, destiné à durer encore pendant trois ans.
8 juin 1960 : à Zurich, Helmhaus Konkrete Kunst, exposition internationale sur l’Art Abstrait organisée par Max BILL avec 116 artistes dont Kandinsky, Mondrian, Kupka, Delaunay, Kelly, Smith, Balla, Murani, etc.
10 juin 1960 : Venise accueille sa trentième biennale, une exposition historique du futurisme est présentée avec le concours d’artistes comme brancusi, Magneli, Hartung, Kline, Burri, Schwitters, etc.
4 juillet 1960 : Pierre manzoni réalise une ligne de 7200 mètres de long au parc de herning au Danemark.

4/ Description littérale

Concetto Spaziale de lucio Fontana est une toile peinte en noir avec des rayures dorées. L’oeuvre est encadrée dans un chassis noir en bois, très fin. La toile a un aspect granuleux. La peinture est disposée en aplat, il n’y a pas d’empatement. La toile est épaisse, on peut le constater à travers les lacérations. Une sorte de tissu noir double l’oeuvre afin d’éviter de voir l’envers.

La toile est lacérée, quatre lacérations la parcourent. Dans le haut de la toile, on a d’abord une grande puis une petite fente. Les grandes fentes font environ 70 cm de hauteur et les petites font les trois quarts de la grande fente. Les lacérations créent un volume sur la toile car elles sont légèrement ramenées vers l’extérieur du tableau.

Les rayures sont au nombre de sept. Une première série de six rayures précède une rayure très large qui se casse au niveau des trois quarts de la toile, elle bifurque vers le haut de la toile. Cette ligne tend à être perpendiculaire.

Les six autres rayures sont de même épaisseurs. La première tend à monter ves le haut de la toile. Puis on a quatre rayures de largeur identiques à intervalle régulier qui sont presque parallèles. La sixième rayure, comme la première, tend vers le bas.

5/ Analyse de l’oeuvre

Concetto Spaziale est représentative du mouvement spatialiste. Dans cette oeuvre, Fontana cherche à explorer l’espace / l’univers.
Les rayures de cette oeuvre représentent des rayons solaires de part leur couleur dorée et de part leur disposition sur la toile. Pour les premières rayures, il découle de leur disposition comme un effet de propagation. Ce sont les rayons qui se diffusent dans l’univers que représente sur la toile cet espace noir. La comparaison avec la diffusion des sons dans l’air est aussi possible. En effet, pour les sons comme pour les rayons solaires, ils sont soit directs soit réfléchis (cf : l’acoustique des cinémas).
En ce qui concerne la septième rayure, la cassure effectuée au trois quart de la toile rappelle le phénomène de réfraction (bifurcation d’un rayon arrivant sur un prisme ayant un indice de refraction différent de celui de l’air ou, ici, de l’univers dans lequel évolue le rayon : voir schéma).
Fontana démontre ainsi que cet espace, avant d’être mathématique, est surtout physique.
Pour les lacérations, ce geste de trouer la toile fut perçu à l’époque comme un sacrilège. Fontana le faisait car, pour lui, c’est un chemin vers la connaissance. En lacérant sa toile, il ouvre un espace supplémentaire. On peut aisément comparer cette ouverture à une sorte de naissance, ici par césarienne. Comme le chirurgien, il incise la toile pour en extirper la connaissance ou pour inviter cet autre espace à conquérir cet autre univers. Il permet aussi au spectateur de voir ce qui est montrable (l’extérieur de la toile) et ce qui est caché (l’envers, le revers de la toile et le châssis).
Fontana cherche ainsi à rendre visible l’invisible. Le geste de Fontana est net et sans agressivité, il est continu et d’intensité égale pendant la durée de l’opération.
Pour les couleurs, le noir représente le vide, l’espace tel que nous le percevons au dessus de nos têtes la nuit. Les granulations de la toile même si elles sont noires pourraient correspondre aux constellations du ciel. La couleur des rayures fait ressortir la nature éclatante du soleil et de ses rayons.

6/ Bibliographie

Bibliographie de références

BALLO, Guido, Catalogue rétrospective Lucio Fontana, Rimini, juin – septembre 1982.
VAN DER MARCK, Jan et CRISPOLTI, Enrico, Lucio Fontana, Bruxelles : La connaissance, 1974, 2 tomes
VILLA, Emilio, Fontana – disegni, gouaches, Rome : Galleria 2 RC, 1981.

Bibliographie exploitée

Catalogue Lucio Fontana, Paris : Edition du Centre Georges Pompidou, 1987, 416 p. .
Dictionnaire de la sculpture, la sculpture occidentale du Moyen Age à nos jours, sous la direction de Philippe Breuille, Paris : Edition Larousse, 19XX, 607 p. .
HAHN, Otto, « L’art de l’invention », in L’Express, 6 novembre 1987.
Dictionnaire de l’Art Moderne et Contemporain, Paris : Editions Hazan, 1992, 676 p. .
L’Art du Vingtième siècle, Dictionnaire de peinture et de sculpture, Paris : Editions Larousse, 1991, 895 p. .
MICHAUD, Eric, « Lucio Fontana, la fin de Dieu », in Art press, Octobre 1987, n°118, p. 94 – 95.